Comment choisir des arbres qui se pollinisent ?
Comment choisir des arbres fruitiers qui se pollinisent ?
Pour obtenir des fruits, il ne suffit pas toujours de planter une seule variété. De nombreux arbres fruitiers ont besoin du pollen d’une autre variété compatible pour bien fructifier.
La pollinisation dépend principalement de trois éléments : la période de floraison, la compatibilité entre les variétés et, pour certaines espèces, la fertilité du pollen.
Cette page vous aide à comprendre les grands principes pour choisir des variétés capables de se polliniser entre elles, tout en gardant en tête qu’il existe toujours des nuances selon les espèces, les variétés et les conditions de l’année.

Le principe essentiel
Deux variétés peuvent se polliniser si elles fleurissent en même temps, si leur pollen est compatible et si le pollen transporté par les insectes est fertile.
En pratique, il ne faut donc pas seulement choisir deux arbres fruitiers au hasard. Il faut vérifier qu’ils ont une période de floraison proche et qu’ils peuvent réellement s’aider à produire des fruits.
1. Même période de floraison
Les variétés doivent avoir des floraisons qui se chevauchent suffisamment. Une variété très précoce et une variété très tardive se polliniseront rarement bien.
2. Compatibilité variétale
Certaines variétés sont compatibles entre elles, d’autres moins. La compatibilité dépend de l’espèce et parfois de mécanismes génétiques précis.
3. Pollen fertile
Une variété doit produire un pollen utile pour polliniser les autres. Les variétés triploïdes, par exemple, produisent souvent un pollen peu fertile ou stérile.

La période de floraison : le premier critère à regarder
La floraison des arbres fruitiers est souvent classée par groupes : précoce, moyenne saison, tardive, ou parfois par classes de floraison plus précises.
Ces groupes sont très utiles, mais ils ne doivent pas être compris comme des dates fixes. Selon la météo, la région, l’exposition, le sol et l’année, une floraison peut être avancée, retardée ou plus ou moins étalée.
En réalité, les floraisons se croisent souvent partiellement. Deux variétés classées dans des groupes voisins peuvent donc parfois se polliniser correctement, surtout si leur floraison est longue et si les conditions météo sont favorables.
Pour un choix sûr, privilégiez tout de même des variétés ayant une floraison proche ou qui se chevauche clairement.
Diploïde, triploïde : pourquoi cela compte ?
Chez certaines espèces, notamment les pommiers, toutes les variétés ne produisent pas un pollen de même qualité. On parle alors de variétés diploïdes ou triploïdes.
Variété diploïde
Une variété diploïde possède deux jeux de chromosomes. C’est le cas de nombreuses variétés fruitières classiques.
En général, une variété diploïde produit un pollen fertile et peut servir de pollinisateur pour une autre variété compatible qui fleurit au même moment.
Variété triploïde
Une variété triploïde possède trois jeux de chromosomes. Cette particularité donne parfois des variétés vigoureuses, intéressantes ou très connues, mais leur pollen est souvent peu fertile ou stérile.
Une variété triploïde peut recevoir le pollen d’une autre variété et produire des fruits, mais elle ne doit pas être comptée comme bon pollinisateur pour les autres arbres.
Comment planter une variété triploïde ?
Une variété triploïde doit être accompagnée d’au moins une variété diploïde compatible pour recevoir du pollen fertile. Mais comme elle ne pollinise pas correctement en retour, il est préférable de prévoir deux variétés diploïdes compatibles entre elles.
Autrement dit, pour créer un petit groupe autonome, évitez de planter seulement une variété triploïde avec une seule autre variété. Le triploïde pourra être pollinisé, mais l’autre variété risque de manquer de pollen compatible si aucune autre source n’est présente.
Règle simple : pour une variété triploïde, prévoyez idéalement deux variétés diploïdes compatibles et proches en floraison.
Cas simple
Une variété diploïde + une autre variété diploïde compatible : les deux peuvent généralement s’aider à fructifier si leurs floraisons se croisent.
Cas du triploïde
Une variété triploïde + une seule variété diploïde : le triploïde peut recevoir du pollen, mais il ne rend pas vraiment le service en retour.
Choix conseillé
Une variété triploïde + deux variétés diploïdes compatibles : c’est le montage le plus sûr pour un bon équilibre de pollinisation.
Et les variétés autofertiles ?
Une variété autofertile est capable de produire des fruits avec son propre pollen. C’est un avantage, surtout dans les petits jardins où l’on ne peut planter qu’un seul arbre.
Mais autofertile ne veut pas toujours dire « production maximale sans autre variété ». Chez beaucoup d’arbres fruitiers, la présence d’une autre variété compatible peut améliorer la nouaison, le calibre des fruits ou la régularité de production.
Il existe aussi des variétés partiellement autofertiles : elles peuvent produire seules, mais donnent souvent de meilleurs résultats avec un pollinisateur.
Quand c’est possible, planter plusieurs variétés compatibles reste souvent plus sûr qu’un arbre isolé. Les variétés autofertiles sont indiquées sur notre site, utilisez les filtres pour les trouver.
Les floraisons sont vivantes
Une floraison n’est pas un événement d’un seul jour. Elle s’étale sur une période plus ou moins longue, ce qui permet souvent des chevauchements entre variétés voisines.
La météo joue beaucoup
Pluie, froid, vent ou absence d’insectes pollinisateurs peuvent limiter la fécondation, même si les variétés sont théoriquement compatibles.
L’environnement compte
Un arbre fruitier isolé peut parfois être pollinisé par une variété présente dans un jardin voisin. Mais pour un projet sûr, mieux vaut prévoir ses propres pollinisateurs.

Le cas particulier du cerisier
La pollinisation des cerisiers, surtout des cerisiers doux de type bigarreau ou guigne, est souvent plus complexe que celle d’autres fruitiers.
Beaucoup de variétés de cerisiers sont autostériles : elles ne peuvent pas se féconder seules. Mais il ne suffit pas toujours de planter deux variétés différentes. Certaines variétés appartiennent à des groupes d’incompatibilité pollinique, liés notamment aux allèles S. Deux variétés du même groupe peuvent fleurir ensemble sans pour autant bien se polliniser.
Il faut donc tenir compte à la fois de la période de floraison et de la compatibilité génétique. À l’inverse, certaines variétés modernes sont autofertiles et peuvent produire seules, même si la présence d’autres cerisiers peut parfois améliorer la récolte.
Les cerisiers acides, comme certaines griottes, sont souvent plus faciles à gérer côté pollinisation, car ils sont plus fréquemment autofertiles. Mais il faut toujours raisonner variété par variété.
Pour les cerisiers, il est donc particulièrement important de vérifier les variétés compatibles plutôt que de se fier uniquement à la période de floraison.
1. Même paire d’allèles = incompatible
Exemple :
Variété A : S1S3
Variété B : S1S3
Ces deux variétés possèdent la même combinaison d’allèles S. Elles appartiennent donc au même groupe d’incompatibilité pollinique et ne se pollinisent pas correctement entre elles.
2. Un allèle en commun = compatibilité partielle
Exemple :
Variété A : S1S3
Variété B : S3S9
La variété B produit du pollen portant soit l’allèle S3, soit l’allèle S9. Sur une fleur de variété A, qui possède les allèles S1S3, le pollen S3 est rejeté, car cet allèle est déjà présent chez la variété receveuse.
En revanche, le pollen S9 peut être accepté. La pollinisation est donc possible, mais seulement avec une partie du pollen. Ce cas peut fonctionner si les floraisons se chevauchent bien et si les insectes pollinisateurs sont actifs.
3. Aucun allèle en commun = bonne compatibilité
Exemple :
Variété A : S1S3
Variété B : S2S4
La variété B produit du pollen portant les allèles S2 ou S4. La variété A possède les allèles S1S3. Comme aucun allèle n’est commun entre les deux variétés, les deux types de pollen peuvent en principe être acceptés.
C’est généralement le cas le plus sûr, à condition que les périodes de floraison se chevauchent suffisamment.
4. Variétés autofertiles : le cas des allèles modifiés
Certaines variétés modernes de cerisiers, comme Stella, Lapins, Sweetheart, Skeena ou Sunburst, sont autofertiles ou considérées comme de bons pollinisateurs.
Cette autofertilité est souvent liée à un allèle modifié, comme S4’, qui permet à la variété d’accepter son propre pollen. Ces variétés peuvent donc produire seules et servir de pollinisateurs pour de nombreuses autres variétés, à condition que les floraisons se chevauchent.
À retenir : chez le cerisier doux, deux variétés différentes ne sont pas forcément compatibles. Il faut vérifier à la fois la période de floraison et les allèles S. L’idéal est de choisir des variétés compatibles, avec une floraison proche, ou d’intégrer une variété autofertile dans la plantation.
Notre méthode simple pour choisir
Pour composer un petit verger, procédez dans cet ordre.
1. Choisir les variétés souhaitées
Commencez par les fruits que vous aimez : goût, période de récolte, conservation, usage et résistance aux maladies.
2. Vérifier la floraison
Regardez si les périodes de floraison se chevauchent suffisamment pour permettre l’échange de pollen.
3. Vérifier la fertilité du pollen
Repérez les variétés triploïdes ou les variétés qui ne doivent pas être utilisées comme pollinisateurs principaux.
4. Sécuriser le groupe
Prévoyez plusieurs variétés compatibles, surtout si vous plantez peu d’arbres ou si vous choisissez une variété triploïde.
Exemple de raisonnement
Si vous choisissez un pommier triploïde, il ne faut pas le considérer comme le pollinisateur principal des autres pommiers. Il pourra produire s’il reçoit du pollen compatible, mais il ne fournira pas un pollen suffisamment fiable pour les autres.
Dans ce cas, il est préférable d’ajouter deux variétés diploïdes, compatibles entre elles et avec une floraison proche. Les deux diploïdes peuvent se polliniser mutuellement, et fournir du pollen au triploïde.
Ce raisonnement est particulièrement utile dans un jardin isolé. Dans un village ou un secteur où il existe déjà beaucoup de pommiers, la pollinisation peut parfois être assurée en partie par les arbres voisins, mais cela reste moins maîtrisé.
Questions fréquentes
Deux arbres de la même espèce suffisent-ils toujours ?
Non. Ils doivent fleurir en même temps et être compatibles. Chez certaines espèces, comme le cerisier, la compatibilité peut être plus stricte.
Une variété autofertile a-t-elle besoin d’un pollinisateur ?
Pas toujours, mais une autre variété compatible peut souvent améliorer la production. L’autofertilité est un avantage, pas toujours une garantie de récolte maximale.
Un triploïde peut-il donner des fruits ?
Oui. Une variété triploïde peut produire des fruits si elle reçoit du pollen compatible. Le problème est surtout qu’elle ne pollinise pas bien les autres variétés.
La distance entre les arbres est-elle importante ?
Les insectes pollinisateurs peuvent transporter le pollen sur une certaine distance, mais dans un jardin ou un petit verger, il est préférable que les variétés compatibles ne soient pas trop éloignées.
Les poiriers, pommiers, pruniers et cerisiers se pollinisent-ils entre eux ?
Non. La pollinisation se raisonne généralement au sein d’une même espèce ou d’un groupe très proche. Un pommier ne pollinise pas un poirier, et un prunier ne pollinise pas un cerisier.
Besoin d’aide pour composer votre verger ?
Si vous hésitez entre plusieurs variétés, pensez à vérifier leur période de floraison, leur compatibilité et leur capacité à produire du pollen fertile.
Nous pouvons vous aider à choisir des arbres fruitiers cohérents entre eux, adaptés à votre terrain et à vos objectifs de récolte.



