Comment tailler en forme palissée ?

Je vais ici vous apprendre une manière très simple de tailler un fruitier palissé ! Cette taille ne se fait qu’en une fois en hiver, il n’y a pas de taille en vert… Elle s’applique aux pommiers et poiriers.

Pour comprendre il faut savoir ceci : L’arbre met à fruit lorsqu’il commence à calmer sa vigueur.

La taille le remettant dans un état de juvénilité, elle lui donne de la vigueur et l’éloigne donc de la fructification. La taille est donc, entre autre, un outil permettant d’équilibrer la fructification et la vigueur de l’arbre, cette dernière permettant de toujours garder un arbre dynamique et de renouveler le bois, le gardant alors toujours sain.

La vision disant qu’il faut tailler les arbres pour obtenir des fruits est fausse, bien au contraire trop tailler est moins bon que ne pas assez tailler. Au plus on taille, au plus l’arbre fera du bois !

Donc comment diminuer la vigueur d’un arbre ?

Il y a deux leviers que l’on peut facilement maîtriser pour calmer la vigueur d’un arbre :

  • Le laisser pousser jusqu’à ce qu’il se calme : par exemple un haute tige.
  • Le tailler en vert, c’est à dire quand il pousse : celle pratiquée sur les fruitiers palissés car leur taille adulte serait trop gênante pour la petite taille que l’on désire d’eux.

Seulement la taille en vert pose une quantité de problèmes, en plus de devoir être réalisée trois fois par an pour bien faire les choses…

  • Elle est très technique et vous aurez rapidement un arbre chaotique si c’est mal fait et pas fait à temps.
  • Elle affaiblit l’arbre, on le prive de ses feuilles pour lesquelles il a investit dans leur construction…
  • Les feuilles produisant les sucres, les fruits sont moins bien alimentés. On a donc un arbre qui perd son énergie et peine à alimenter ses fruits ! L’arbre se fatigue donc et va alterner, c’est à dire ne produire qu’un an sur deux.
  • La surface foliaire étant réduite l’arbre peut porter moins de fruits. On entend souvent que les feuilles « mangent » la sève. Elles transpirent en effet l’eau contenue dans la sève brute, celle venant des racines. Mais elles produisent la sève élaborée, celle qui donne l’énergie nécessaire à la production de fruits. De plus, ce sont les feuilles qui permettent les flux de sève, en transpirant elles créent une dépression dans l’arbre, comme dans une paille, et les racines aspirent alors.

Son seul intérêt est donc d’affaiblir l’arbre pour qu’il mette à fruit à une taille non adulte.

C’est une propriété très intéressante pour faire tenir l’arbre dans un petit espace, et donc le palisser.

Donc comment avoir un fruitier palissé sans taille en vert ?

Il va falloir laisser pousser l’arbre, et donc faire une grande palmette.

Soit laisser pousser plus haut, soit plus large.

On va diminuer la vigueur non pas par la taille en vert, mais en laissant l’arbre tendre vers sa taille adulte. N’oubliez pas que le porte-greffe nanifiant permet d’avoir une plus petite taille adulte, et donc une palmette plus petite.

Sur porte greffe nanifiant on va laisser de 1.5m à 2m entre chaque arbre, et le laisser monter de 2.5m en moyenne.

Les avantages sont multiples, mis à part la place « perdue » vous pouvez transformer tous les désavantages de la taille en vert en avantages ici.

J’ajoute que la taille devient alors beaucoup plus simple. Il n’y a qu’une taille d’hiver et l’arbre ne poussera pas dans tous les sens car on va renouveler le bois.

Concrètement, comment faire cette taille ?

Pour tailler vous devez savoir reconnaître trois choses.

  • Le bois d’un an. Il est toujours situé en bout de branche. Il est brillant car jeune et porte des bourgeons bien visibles. Il se peut que votre arbre n’en porte pas s’il est vieux et ne pousse plus ! (Auquel cas il faut tailler fort et vérifier la présence d’un ravageur : l’agrilus…)
  • Le bois de deux ans. Il précède toujours le bois d’un an. Il est plus gros et porte souvent des boutons floraux ou des dards.
  • La structure de votre arbre.

Il faut prendre l’habitude de les reconnaitre. Ensuite la taille est très facile.

Selon ce que vous identifiez vous allez faire différentes actions.

Je commence par expliquer la structure. Ensuite je parlerai des autre bois.

  • La structure :

C’est la partie pérenne de l’arbre, on ne taillera pas cette dernière. C’est à vous de choisir où elle va en laissant les bois bien positionnés.

Pour une forme palissée, ne gardez donc que les bois suivant un plan en 2D.

  • Les bois d’un an :

Il faut les laisser car ce sont eux qui deviendront les bois porteurs de fruits l’année suivante. Ils peuvent également être porteurs d’un bouquet floral au bout, auquel cas on appelle ce bois une brindille couronnée !

Certaines variétés ont plutôt tendance à fructifier sur le bout des bois d’un an, auquel cas on cherchera à en conserver un maximum. Pour celles fructifiant plutôt sur le bois de deux ans, on sélectionnera ces bois s’ils sont trop serrés. Une branche tous les 15-20cm suffit.

  • Les bois de deux ans :

On coupera le bois d’un an qui le prolonge. C’est lui qui porte les fruits. Pour les variétés fructifiant plutôt sur bois d’un an et dépourvues de boutons on coupera ce bois de deux ans en chicot afin qu’il refasse des bois d’un an.

  • Les bois de plus de deux ans :

On fait ici un choix car les bois de plus de deux ans peuvent porter des bourses, c’est à dire une petite ramification qui va s’allonger et fructifier un an sur deux. C’est un peu une garantie pour obtenir des fruits.

Mais si on les laisse l’arbre va moins pousser et ne sera plus sur une forme relativement palissée

On peut donc en garder un peu si on le souhaite mais il faut en couper.

Pour cela on coupe en laissant un chicot d’un centimètre duquel sortiront d’autres bois d’un an. Ainsi on a renouvelé le bois et on est retourné proche de la structure permanente palissée.

On a donc un cycle :

  1. bois d’un an partant de la structure permanente (brindille couronnée)
  2. bois de deux ans partant de la structure permanente (porteur des fruits)
  3. bois de trois ans partant de la structure permanente (fructifiant une année sur deux ensuite)
  4. chicot duquel ressort un bois d’un an de la structure permanente

Exemple illustré.

On peut observer la floraison. Elle se situe ici principalement sur la structure car celle ci est encore jeune. A terme elle sera à 30cm max de la structure. (Comme en bas de la photo, zone où la structure est la plus belle.)
Exemple de forme palissée réalisable.
Futur bois d’un an
Chicot
Poires portées par un bois de deux ans dont on peut voir la coupe retirant le bois d’un an qui le terminait.

Résumé

Cette taille est très simple dans la pratique. (On laisse les bois d’un an, taille au bout ceux de deux et rabat ceux de trois.)

Le renouvellement total du bois sur trois ans permet de rester avec une fructification toujours proche de la structure permanente.

Vous pouvez aussi faire la forme que vous souhaitez, la forme palissée est un exemple mais vous pouvez aussi faire un gobelet etc.

Il faut veiller à laisser une taille, hauteur et largeur, minimale à l’arbre afin qu’il n’ait pas trop de vigueur et puisse fructifier.